3 questions à Eric Alexandre : pratiquant et enseignant de Yi Jing sur Lille

Premier article inaugurant les entretiens avec des pratiquants de Yi Jing. 3 questions pour éclairer la manière dont ils l’ont découvert, l’apprennent et le pratiquent. Pour cette première interview, j’interroge Eric Alexandre dont je suis les ateliers Yi Jing à Lille.

 

« Le Yi Jing est une clé indispensable dans la compréhension intime de la pensée chinoise. » Eric Alexandre

Comment le Yi Jing est venu à toi ?

Passionné de culture chinoise depuis près de 30 ans, j’ai eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises le Yi Jing sans en mesurer l’importance au premier abord. Peu évoqué dans les études chinoises, le Yi Jing est comme un impensé de cette culture. Il est regrettable de voir un livre aussi fondamental occulté par des connotations péjoratives de divination dont il a hérité et qui explique cette réticence à lui accorder sa juste place : un ouvrage d’une portée philosophique majeure, doublé d’un livre de compréhension du monde et de stratégie

Un proverbe chinois dit que « le maître se montre quand l’élève est prêt ». En ce qui me concerne, le Yi Jing m’est apparu dans toute sa richesse et sa complexité en lisant presque « par hasard » « Les Rouages du Yi Jing », un livre de Cyrille Javary qui lui rend ses lettres de noblesse et m’a profondément intrigué et fasciné.

Les rouages du Yi Jing : un livre qui donne envie de se plonger dans le Yi Jing.

« Les Rouages du Yi Jing : Eléments pour une lecture raisonnable du Classique des Changements. » par Cyrille Javary (lien affilié)

Qu’est-ce que le Yi Jing t’a apporté ?

C’est la colonne vertébrale de la culture chinoise. Premier des 5 classiques confucéens, que les mandarins devaient maîtriser pour passer les concours impériaux, il a infusé pendant des millénaires cette pensée, produisant notamment les concepts de Yin de Yang. À mesure qu’on l’étudie et l’utilise, apparaît tout une philosophie qui permet de vivre plus profondément et subtilement ses expériences de vie.

C’est un livre d’action, de prise de décision, de stratégie : on le consulte pour adopter la posture ou stratégie optimale que requiert l’instant présent. C’est aussi un livre de sagesse : il tisse la trame d’une vision typiquement chinoise du monde. Le Yi Jing constitue donc une étape indispensable dans la compréhension intime de la pensée chinoise. On ne peut plus faire comme si le Yi Jing n’existait pas.

Sur un plan personnel, il est un chemin d’une plus grande liberté personnelle. C’est pourquoi il a passionné C.G. Jung et d’autres psychanalystes. Professionnellement, c’est un outil de stratégie qui a toute sa place dans le management et le coaching. C’est une grille de lecture de soi-même et du monde qui permet d’ajuster perpétuellement sa conduite.

C’est aussi une façon d’entrer dans le non-agir taoïste. Il remet aussi en cause notre perception occidentale du temps, de la causalité et du hasard. Ce dernier n’étant qu’une conjonction énergétique que le Yi Jing se propose de calculer. Il met en lumière les germes en présence qui sont autant de potentialités futures. Si l’homme reste libre et responsable de ses actions, le Yi Jing l’aide à en choisir le bon moment, le bon endroit et la bonne posture.

Eric Alexandre anime les activités autour du Yi Jing au sein de l'association des Amitiés franco-chinoises à Lille, par des conférences, ateliers ou sessions de découverte et de formation.

Eric Alexandre anime les activités autour du Yi Jing au sein de l’association des Amitiés franco-chinoises à Lille, par des conférences, ateliers ou sessions de découverte et de formation.

Comment étudier le Yi Jing ?

Depuis 2009, je l’étudie de manière intensive, notamment auprès de Pierre Faure et au centre Djohi. On ne peut l’apprendre seul, c’est au contact d’un groupe que son apprentissage prend toute son envergure.

Étudier le Yi Jing dans sa structure est primordial pour l’utiliser. Mais il faut aussi le pratiquer, laisser infuser les réflexions qu’il amorce pour s’imprégner des dynamiques de ses réponses et ressentir la vibration des situations.

Aborder le Yi Jing demande un effort Il s’agit de penser en image, en symboles et de s’appuyer sur un texte souvent abscons car rédigé entre le XIIe et le IIe siècle avant notre ère, et dans une culture qui n’a rien à voir avec la nôtre. Les caractères chinois sont comme des tableaux. Plus que des définitions parcellaires, ce sont des faisceaux de sens qui recouvrent de nombreuses notions parfois contradictoires. Par exemple, le caractère Yi de Yi Jing désigne à la fois le changement, ce qui est immuable et ce qui est aisé, naturel. C’est tout le sel de la pensée chinoise qui nous fait rentrer si naturellement dans la pensée des systèmes complexes.

Caractère Yi désignant le changement permanent et naturel, représenté par la succession de la pluie et du soleil.

Caractère Yi désignant le changement permanent et naturel, représenté par la succession de la pluie et du soleil.

De la même manière que l’on s’approprie un caractère chinois, les hexagrammes et les trigrammes doivent se ressentir. Leur compréhension, leur sensation, s’affinent tout au long de notre chemin de vie, à mesure qu’on le pratique. Le Yi Jing n’étant pas qu’une discipline intellectuelle mais un manuel d’action, c’est un apprentissage corps et âme qui implique la tête le cœur et le corps : ces 3 centres vitaux présents dans les arts énergétiques chinois, qui permettent de mieux sentir les vibrations des réponses.

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