Comment tirer partie des bénéfices des arts martiaux chinois ?

« Les arts martiaux consistent en une expression honnête de soi-même. » Bruce Lee.

Aussi riches et divers que la Chine, les arts martiaux chinois ne sont pas juste un foisonnement de techniques, mais une philosophie de développement aux nombreux bénéfices qui ne néglige ni le corps ni l’esprit. Pour s’y retrouver dans cette galaxie, précisons quelques termes…

Le Gōng fū, ou Kung Fu, exprime la virtuosité que l’on acquiert par un long travail d’entraînements réguliers. Issue de Gong 功, habileté, réalisation, et Fu 夫, l’homme, Gong Fu peut être vu comme l’homme qui se réalise par son travail. L’employer pour désigner un art martial est un abus de langage. L’expression « Avoir du Gong Fu » s’applique à n’importe quelle discipline. Pour les Arts Martiaux chinois, préférez Wǔ Shù 武术, littéralement « art martial ». Le Gongfu Wushu désigne l’homme qui se réalise par les arts martiaux.

Un foisonnement de style

La réalité du Wushu est aussi riche et diverse que la Chine. Une des finalités des arts martiaux étant de développer sa propre forme, il existe autant de styles que de régions, d’écoles… Aux célèbres temples Shaolin (Bouddhiste) et Wudang (Taoïste), vient s’ajouter la distinction des styles du nord (Chang Quan), utilisant davantage les jambes, et ceux du sud (Nan Quan), utilisant davantage les poings. Ces familles se spécialisent en style comme le Wing Chun, popularisé par Ip Man le maître de Bruce Lee, ou d’autres plus zoomorphiques (singe, tigre, grue…) que l’imaginaire se représente davantage. Les pratiques d’armes blanches complètent ce foisonnement difficilement classifiable. Les arts martiaux chinois sont en constante évolution. Les styles s’inspirent, se spécialisent, s’agrègent d’une manière plus organique que hiérarchique. Il existe un style de combat pour chaque personnalité.

En plus du style, il existe différentes façons de travailler les arts martiaux. Si la pratique externe trouve sa raison d’être dans l’application martiale de défense, l’interne apporte une dimension plus introspective. Cela requiert de diffuser sa conscience dans tout le corps pour incarner l’intention du mouvement et s’y impliquer corps et âme. Le Tai Ji Quan, par ses mouvements lents, entraîne la stabilité des postures, la tonicité des muscles et la synchronisation de la respiration. Le Qi Gong, ce travail du souffle de vie, s’il préserve la santé, développe la puissance du geste martial. La méditation parachève le tout en renforçant la gestion des émotions, affinant la concentration et ancrant l’apprentissage par la visualisation mentale des techniques. Ainsi, il n’y a pas de séparation entre ces méthodes mais une continuité et une complémentarité : elles s’enrichissent mutuellement.

Jeet Kune Do : la voie du poing qui intercepte, développée par Bruce Lee.

Symbole du Jeet Kune Do : le style de Bruce Lee, « N’utiliser aucune méthode comme méthode », « N’avoir aucune limite pour limite ».

Quelle que soit l’efficacité perçue d’un art martial, testez et choisissez celui qui vous ressemble. Vous pourrez toujours enrichir votre pratique d’un travail plus interne qu’externe, plus lent ou rapide, plus sec ou souple.

Les bénéfices des arts martiaux

Stabiliser ses bases, renforcer son équilibre, développer la tonicité de sa charpente musculaire pour préserver ses articulations, étendre la plasticité de son corps, la synchronisation de ses mouvements, développer ses réflexes, augmenter son endurance sa souplesse… La liste des bénéfices est vaste. Les nombreuses occasions de se blesser invitent à approfondir son écoute et sa connaissance du corps pour en repousser ses limites. La pratique des arts  martiaux n’est pas violente mais physique. En plus du renforcement corporel, elle permet la même régulation des humeurs que le sport, par la production des neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine.

La pratique des arts martiaux développe l’assertivité : l’affirmation de soi dans le respect de l’autre. La confiance vient avec en même temps qu’une plus grande assurance dans la protection de son intégrité. Essentiellement défensive, les techniques sont utilisées non pour détruire l’autre mais pour déjouer sa stratégie menaçante. Pour être efficaces, elles doivent s’effectuer dans un état émotionnel propice. Le stress paralyse et réduit les perceptions. L’exposition aux situations d’urgence, comme lors d’un combat, permet de s’entraîner à juguler nos émotions pour garder la tête froide. Le contrôle respiratoire devient indispensable pour stabiliser et rassembler le corps et l’esprit. Prendre des coups permet de dédramatiser l’agression. Le coup n’est pas aussi douloureux et menaçant que l’imagination nous le fait craindre. Il devient l’implacable rappel de ne jamais baisser sa garde, ni relâcher son attention. Le chemin est long avant de devenir insaisissable.

Répondre de manière proportionnée à une attaque et choisir la tactique appropriée à la situation, nécessite aussi un cheminement de l’esprit. Le clarifier permet d’accueillir le moment présent sans a priori. Persévérance et humilité aident : lorsque l’on croit avoir progressé, de nouvelles expériences nous rappellent qu’il s’agit seulement d’une partie de l’iceberg. Le découragement se transforme en motivation de toujours renouveler sa pratique. Le Gong Fu n’est pas juste un amoncellement de techniques, mais un développement continu qui se nourrit d’une perpétuelle remise en question. Comme l’artisan qui peaufine inlassablement l’excellence de sa maîtrise.

L'arbre, comme symbole du développement, ne peut croître que sur des racines solides.

L’arbre, comme symbole du développement, ne peut croître que sur des racines solides.

Un état d’esprit pour progresser

Le rituel des cours est un cadre nécessaire pour cultiver l’état d’esprit optimal d’apprentissage. Je m’en sers pour me préparer : vider mon esprit, laisser les projets, le stress, les soucis à la porte du Dojo. Lorsque que je salue à l’entrée du tatami, j’essaie de me dépouiller au maximum pour accueillir l’enseignement. Ni déférence exagérée, ni prosternation, le salut marque la reconnaissance aussi bien envers le maître, pour le partage de son expertise, qu’envers son partenaire disposé à nous permettre d’exercer.

Fatigue, douleurs musculaires et coups provoquent inévitablement un climat mental délétère. Laisser les plaintes et jurons fuser autant que les douleurs, c’est rajouter de la souffrance à la souffrance et nourrir le découragement. Dans l’effort, l’esprit lâche souvent en premier. J’essaie de couper ces ruminations avec un sourire intérieur : « Encore un effort, juste un… ». Sans m’en rendre compte, je dépasse avec délice mes limites habituelles.

Testé dans les conditions réelles du combat, son savoir apparaît bien fragile. Il ne tient à rien : une seconde d’inattention, une esquive insuffisante, et c’est le poing de l’autre dans ma figure qui vient me rappeler que j’ai encore du chemin à parcourir. L’humilité permet de me rappeler que j’apprends tout le temps, de n’importe qui, et ainsi garder l’esprit ouvert, curieux et persévérant sur le chemin de perfectionnement que représentent les arts martiaux. Bien sûr, il s’agit d’un idéal vers lequel j’essaie de tendre, comme un moteur de motivation.

 

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2 commentaires pour “Comment tirer partie des bénéfices des arts martiaux chinois ?

  1. Loïc

    Salut l’ami!!
    Bel article que celui là. Tu avais raison il me plaît particulièrement, j’entrevois beaucoup de nos conversations sur le sujet en le lisant.
    Etant pratiquant assidu, non pas des arts chinois mais japonais (tout à fait similaire), je rajouterai que peut importe le niveau que l’on a, peut importe ce que l’on cherche, on apprends, à chaque instant sans jamais remettre en question l’autre en face qu’il est 10 ou 77 ans, « débutant » ou « confirmer ». C’est l’école de la vie, devenir meilleurs avec le temps, au sens large.
    A chaque instant nous pratiquons peut importe la discipline.
    Je ne te reconnais plus, je suis fier d’être ton ami j’ai enfin une personne aussi profonde que moi.
    Amicalement LJ.

    1. Régis Damon Auteur du post

      Merci pour ton enthousiasme et tes encouragements ! Il faudra que l’on prenne plus de temps pour confronter nos pratiques à l’avenir.

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